La Route du Rhum en classe : un projet pédagogique du CE2 au CM2
Et si nous profitions de la Route du Rhum pour faire voyager nos élèves de l’autre côté de l’Atlantique, sans quitter la classe ?
Tous les quatre ans, cette célèbre course à la voile relie Saint-Malo à la Guadeloupe. Pendant plusieurs jours, des navigateurs et des navigatrices traversent l’océan en solitaire, à bord de bateaux parfois très différents. Une aventure sportive et humaine qui offre une multitude de possibilités pédagogiques !
La Route du Rhum en classe permet de travailler la géographie, les mathématiques, le français, les sciences, mais aussi d’aborder des sujets comme la persévérance, le respect de l’environnement ou l’égalité entre les femmes et les hommes.
Ce qui me plaît particulièrement dans ce type de projet, c’est la possibilité de relier les apprentissages à un événement réel. Les distances prennent du sens, les cartes deviennent utiles et les élèves ont une bonne raison de lire, de calculer et d’écrire.
Dans cet article, je vous propose des pistes pour suivre la Route du Rhum avec des élèves de CE2, CM1 et CM2, organiser un rituel de classe et construire un projet interdisciplinaire sans y consacrer toutes vos journées.
Vous trouverez également, en fin d’article, un espace consacré aux ressources pédagogiques à imprimer pour accompagner ce projet.
La Route du Rhum, c'est quoi exactement ?
Une course mythique entre Saint-Malo et la Guadeloupe
La Route du Rhum – Destination Guadeloupe est une course transatlantique à la voile, disputée en solitaire, dont la première édition a eu lieu en 1978.
Depuis, elle est organisée tous les quatre ans.
Le principe est simple à comprendre pour les élèves : les skippers prennent le départ à Saint-Malo, en Bretagne, et doivent rejoindre Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le plus rapidement possible, en respectant les règles de la course.
Mais derrière cette apparente simplicité se cache une aventure bien plus complexe !
Il ne suffit pas de naviguer tout droit. Les concurrents doivent tenir compte des vents, des courants, des dépressions météorologiques et des caractéristiques de leur bateau.
La distance de référence annoncée pour le parcours est de 3 542 milles nautiques, soit environ 6 560 kilomètres. En réalité, les bateaux peuvent parcourir une distance plus importante selon les routes choisies.
C’est une première notion intéressante à faire découvrir aux élèves : le chemin le plus court n’est pas toujours le plus rapide !
À proposer en classe : afficher une carte de l’Atlantique et demander aux élèves de retrouver la France métropolitaine, Saint-Malo, la Guadeloupe et l’océan Atlantique. On peut ensuite leur demander de tracer le trajet qu’ils emprunteraient spontanément avant de découvrir les trajectoires réelles des navigateurs.
Des bateaux très différents
L’une des particularités de la Route du Rhum est de réunir plusieurs types de voiliers.
On distingue notamment :
Les monocoques, qui possèdent une seule coque.
Les multicoques, qui possèdent plusieurs coques, comme les catamarans ou les trimarans.
Certains bateaux sont conçus pour atteindre des vitesses impressionnantes. D’autres sont plus petits ou appartiennent à des générations de voiliers différentes.
Pour l’édition 2026, les six classes annoncées sont les Ultim, Ocean Fifty, IMOCA, Class40, Vintage Mono et Vintage Multi.
Attention cependant à ne pas comparer directement tous les bateaux : ils ne possèdent pas les mêmes caractéristiques et ne concourent pas tous dans le même classement.
Avec les élèves, on peut commencer par comparer les silhouettes de quelques voiliers, compter leurs coques et rechercher ce qui les différencie.
Une aventure humaine hors du commun
Naviguer seul pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines demande une préparation considérable.
À bord, le skipper doit tout gérer : conduire le bateau, surveiller la météo, effectuer les manœuvres, s’alimenter, se reposer et parfois réparer du matériel.
Le sommeil est souvent fractionné en courtes périodes afin de continuer à surveiller le bateau.
Les navigateurs doivent également prendre des décisions importantes, parfois dans des conditions météorologiques difficiles.
Ces réalités constituent un excellent point de départ pour discuter avec les élèves de l’autonomie, de la préparation, de la prise de décision et de la persévérance.
Et pour la Route du Rhum 2026 ?
La 13e édition doit s’élancer le dimanche 1er novembre 2026 à 13 h 02, au large de Saint-Malo.
Le départ ayant lieu pendant les vacances de la Toussaint en métropole, il est tout à fait possible de commencer le projet à la rentrée en observant ce qui s’est passé pendant les premiers jours de course.
Les élèves pourront alors découvrir les premières trajectoires, les éventuels incidents et les écarts entre les concurrents.
Pour suivre les informations officielles et accéder aux actualités de la course, rendez-vous sur le site Route du Rhum – Destination Guadeloupe.
Comment suivre la Route du Rhum en classe ?
Il n’est pas nécessaire de consacrer une séance entière à la course chaque jour.
Au contraire, un petit rituel de 10 à 15 minutes peut suffire à installer un suivi régulier tout en travaillant différentes compétences.
Choisir quelques skippers à suivre
Je vous conseille de ne pas suivre l’ensemble des concurrents.
Trois ou quatre skippers suffisent largement pour commencer.
On peut choisir des navigateurs de catégories différentes pour découvrir plusieurs types de bateaux, tout en prenant soin de distinguer leurs classements respectifs.
Chaque groupe d’élèves peut devenir responsable d’un navigateur et relever régulièrement quelques informations :
Le nom du skipper et celui de son bateau.
Sa catégorie.
Sa position approximative sur la carte.
La distance restant à parcourir.
Un événement marquant de sa navigation.
Pour éviter que la recherche d’informations ne prenne trop de temps, l’enseignant peut préparer à l’avance une capture de la cartographie officielle ou un petit tableau de données.
Installer un rituel quotidien
Voici un fonctionnement simple à mettre en place.
1. Observer la carte de la course — 2 minutes
On affiche la cartographie officielle ou une capture d’écran datée.
Où se trouvent les bateaux ? Se rapprochent-ils de la Guadeloupe ? Ont-ils tous emprunté la même route ?
2. Faire parler les données — 3 minutes
On relève une information : une distance, une vitesse, une position ou un classement.
Une question courte peut être posée oralement ou sur l’ardoise.
Par exemple : « Hier, il restait 2 850 km à parcourir à un bateau. Aujourd’hui, il lui en reste 2 530. De combien de kilomètres sa distance à l’arrivée a-t-elle diminué ? »
Dans cet exemple fictif, la réponse est 320 km. Il faut toutefois préciser aux élèves que la diminution de la distance à l’arrivée ne correspond pas nécessairement à la distance réellement parcourue par le bateau.
3. Observer la météo — 3 minutes
On regarde la direction du vent, la présence d’une zone de mauvais temps ou les conditions rencontrées par les skippers.
Pourquoi certains bateaux semblent-ils faire un détour ? Pourquoi un concurrent ralentit-il ?
Les élèves peuvent formuler des hypothèses avant de consulter les explications disponibles.
4. Compléter le carnet de bord — 4 minutes
On conserve une trace collective : date, position approximative, donnée du jour et événement important.
Au fil des semaines, ce carnet devient une mémoire du projet.
Des activités interdisciplinaires autour de la Route du Rhum
La Route du Rhum offre de nombreuses possibilités pour travailler les programmes du CE2 au CM2.
Voici six activités qui peuvent être menées indépendamment ou intégrées dans un projet plus complet.
Géographie : construire la carte de la traversée
Objectif : se repérer sur une carte, identifier des espaces géographiques et comprendre une trajectoire.
Matériel : planisphère, carte muette de l’Atlantique, crayons de couleur, règle et carte de suivi de la course.
Déroulement :
On commence par demander aux élèves de localiser la France métropolitaine sur un planisphère. On recherche ensuite Saint-Malo, puis la Guadeloupe.
C’est l’occasion de rappeler que la Guadeloupe est un territoire français situé dans les Caraïbes, à plusieurs milliers de kilomètres de la France métropolitaine.
Les élèves repèrent l’océan Atlantique, l’Europe, l’Afrique, les Amériques et la mer des Caraïbes.
Sur une carte simplifiée, ils tracent ensuite une liaison entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre.
On peut comparer ce tracé avec une trajectoire réelle de skipper. Pourquoi les deux lignes sont-elles différentes ?
Une discussion sur les vents et les choix de navigation permet d’introduire la notion de route maritime.
Différenciation :
CE2 : placer des étiquettes et colorier les principaux espaces.
CM1 : construire une légende et utiliser les points cardinaux.
CM2 : interpréter plusieurs trajectoires et justifier les différences observées.
Pour prolonger, une grande carte collective peut rester affichée dans la classe pendant toute la durée de la course.
Mathématiques : calculer avec les données de la course
Objectif : résoudre des problèmes, lire des données numériques et construire des représentations graphiques.
Matériel : tableaux de données, calculatrices selon les objectifs, ardoises, feuilles quadrillées.
Les données de navigation offrent un support intéressant pour donner du sens aux calculs.
On peut notamment travailler les distances, les durées, les écarts, les conversions et les vitesses.
Exemple CE2 — Comparer des distances
Données fictives d’entraînement.
Il reste 2 450 km à parcourir au bateau A et 2 780 km au bateau B.
Quelle est la différence entre ces deux distances ?
Les élèves peuvent représenter les données sur une droite graduée avant d’effectuer le calcul.
Exemple CM1 — Résoudre un problème à plusieurs étapes
Données fictives.
Un voilier parcourt 185 km le lundi et 215 km le mardi.
Quelle distance totale a-t-il parcourue ? Quelle est sa distance moyenne parcourue par jour sur ces deux journées ?
Exemple CM2 — Comprendre la vitesse
Données fictives.
Un bateau parcourt 240 milles nautiques en 12 heures, à vitesse moyenne supposée constante.
Quelle est sa vitesse moyenne en nœuds ?
Les élèves doivent comprendre qu’un nœud correspond à un mille nautique par heure. Le résultat est donc de 20 nœuds.
On peut ensuite introduire la conversion : un mille nautique équivaut exactement à 1,852 km.
Une autre activité intéressante : construire un graphique.
En relevant chaque jour la distance restant à parcourir à un même bateau, les élèves peuvent réaliser une courbe.
Ils observent ainsi la progression, les périodes de ralentissement ou les changements importants.
Il faut simplement veiller à comparer des données de même nature, relevées à des moments identiques.
Français : écrire le journal de bord d’un navigateur
Objectif : enrichir le vocabulaire, comprendre un texte documentaire et produire un écrit à la première personne.
Matériel : lexique maritime, courts documents sur la navigation, cahier d’écrivain ou fiche de production d’écrits.
On commence par découvrir quelques mots spécifiques : bâbord, tribord, proue, poupe, coque, voile, mât, skipper, alizés, cap ou mille nautique.
Les élèves peuvent associer les mots à des illustrations, puis les utiliser dans des phrases.
On leur propose ensuite d’imaginer qu’ils participent à la Route du Rhum.
Ils doivent rédiger une page de leur journal de bord.
Situation de départ :
Nous sommes au cinquième jour de navigation. Depuis ce matin, le vent souffle de plus en plus fort. Le ciel s’assombrit et les vagues deviennent impressionnantes…
Que se passe-t-il ensuite ? Quelles décisions le navigateur prend-il ? Que ressent-il ?
Avant d’écrire, on peut construire collectivement une petite grille : indiquer la date, décrire les conditions de navigation, raconter un événement et exprimer une émotion.
Différenciation :
CE2 : compléter des amorces et rédiger cinq à huit phrases.
CM1 : organiser le récit en plusieurs paragraphes et employer un vocabulaire précis.
CM2 : enrichir les descriptions, varier les temps et expliquer les décisions du navigateur.
Une lecture documentaire sur un skipper réel peut également précéder cette activité, à condition de distinguer clairement les faits biographiques et le récit imaginé par les élèves.
Pour prolonger le travail en français, on peut aussi partir d’une phrase sur la navigation pour mener des activités de grammaire, conjugaison et vocabulaire. C’est le principe de mon rituel de la phrase de la semaine, qui permet de proposer un support commun aux CE2, CM1 et CM2.
Sciences et technologie : comment le vent fait-il avancer un voilier ?
Objectif : comprendre l’action du vent sur une voile et expérimenter la flottabilité.
Matériel : bassine d’eau, petits morceaux de matériaux variés, bouchons, papier, pailles, pâte à modeler, éventail ou petit ventilateur.
Cette activité peut se dérouler en deux temps.
Première expérience : quels objets flottent ?
Les élèves observent différents matériaux et formulent des hypothèses.
Ils testent ensuite les objets dans l’eau et consignent leurs résultats dans un tableau.
On peut prolonger avec de la pâte à modeler : une boule compacte coule généralement, tandis qu’une forme creuse suffisamment large peut flotter.
Cela permet de commencer à comprendre que la flottabilité ne dépend pas uniquement du matériau, mais aussi de la forme de l’objet et de l’eau déplacée.
Deuxième expérience : fabriquer un petit voilier
Par groupes, les élèves construisent un petit bateau flottant avec une voile.
Ils placent leur embarcation dans une bassine et utilisent un éventail pour produire un déplacement d’air.
Ils peuvent comparer plusieurs formes ou orientations de voiles en essayant de garder les autres conditions identiques.
Quels bateaux avancent ? Lesquels se renversent ? Que se passe-t-il lorsque la voile change d’orientation ?
Les observations permettent de comprendre que le vent exerce une force sur la voile. On précisera que les véritables voiliers peuvent aussi avancer avec un vent venant de côté grâce à l’action combinée des voiles, de la coque et des appendices sous-marins.
Différenciation :
CE2 : prévoir, observer, dessiner et expliquer oralement.
CM1 : comparer les résultats et compléter une conclusion.
CM2 : identifier les variables de l’expérience, améliorer le protocole et argumenter.
Pour la sécurité, les essais peuvent être réalisés avec un éventail plutôt qu’avec un appareil électrique à proximité de l’eau.
Arts plastiques : créer une affiche de la Route du Rhum
Objectif : représenter un voilier, travailler la composition et utiliser des techniques plastiques variées.
Matériel : papier, peinture, crayons, feutres, papiers découpés et photographies documentaires de voiliers.
On peut proposer aux élèves de réaliser une affiche de course inspirée des anciennes affiches maritimes.
L’image doit faire apparaître un voilier, l’océan et un élément permettant d’évoquer la traversée.
Les élèves choisissent ensuite une palette de couleurs, une composition et un titre.
Les CE2 peuvent travailler avec des silhouettes de bateaux et des formes découpées. Les CM1 et CM2 peuvent rechercher davantage de détails, représenter le mouvement de l’eau ou expérimenter différents cadrages.
Une autre possibilité consiste à réaliser une grande fresque collective représentant la flotte sur l’Atlantique.
Enfin, les coloriages de la Route du Rhum peuvent servir de supports plus courts, notamment pour observer les éléments d’un voilier ou préparer une exposition.
EMC : persévérance, égalité et respect de l’environnement
Objectif : réfléchir à l’engagement personnel, à l’égalité entre les femmes et les hommes et aux responsabilités environnementales.
La course au large permet d’aborder des questions qui dépassent largement le domaine sportif.
La persévérance : que signifie poursuivre un objectif malgré les difficultés ? Comment se préparer à un défi important ? À quel moment faut-il savoir renoncer pour rester en sécurité ?
La place des femmes : découvrir les parcours de navigatrices permet de montrer que la voile de compétition n’est pas réservée aux hommes. Les élèves peuvent comparer des portraits et rechercher les qualités, les compétences et les préparations nécessaires pour prendre le départ d’une telle course.
L’environnement marin : la traversée de l’Atlantique peut servir de point de départ pour évoquer la pollution plastique, les déchets en mer et la protection des océans.
Il est intéressant de distinguer les enjeux environnementaux liés à l’océan de ceux qui concernent directement l’organisation et l’impact écologique d’une compétition nautique.
Pour les échanges, on peut proposer une question de départ : « Réussir une grande aventure, est-ce forcément arriver premier ? »
Les élèves peuvent argumenter, écouter les autres et construire une réponse collective.
Des ressources pédagogiques gratuites sur la Route du Rhum
Pour faciliter la mise en place de ce projet, je prévois de regrouper ici plusieurs documents à imprimer, utilisables en CE2, CM1 et CM2.
L’idée est de proposer des supports que chacun pourra adapter à son organisation, que ce soit pour suivre toute la course ou simplement mener quelques séances.
Une carte du parcours
Elle permettra de localiser les lieux importants, de retrouver les espaces géographiques traversés et de tracer les trajectoires des skippers.
Un suivi de la météo
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Le vocabulaire maritime
Les élèves pourront découvrir et réinvestir le vocabulaire spécifique de la voile grâce à des illustrations et de petits exercices.
Des coloriages
Des coloriages de voiliers, des mots croisés, des défis et des petites énigmes viendront compléter le projet.
N’hésitez pas à piocher uniquement les documents dont vous avez besoin. Il n’est pas nécessaire de réaliser toutes les activités pour profiter de ce projet !







2 commentaires sur « La route du Rhum en classe: un projet pédagogique »
Merci pour ce super partage !
Bonjour,
Merci pour ces superbes conseils, idées … et documents !
Nous voilà embarqués dans l’aventure !